1. Peux-tu te présenter brièvement et nous partager le coeur de ton ministère ?

Je m’appelle Chahida, j’ai 30 ans et cela fait presque quatre ans que je vis en Afrique du Nord. Après avoir fait un stage de quatre mois en tant qu’enseignante de français dans une école primaire ici, il y a 6 ans, Dieu m’a donné un amour particulier pour les habitants de ce pays, amour qui, au départ, était inexistant, remplacé plutôt par la peur, l’incompréhension, voire parfois même le jugement. Cet amour, il l’a fait naître dans les « coulisses » : franchissant la porte d’un foyer, entrant dans le cercle privilégié d’une famille, écoutant, mangeant, riant, partageant avec des personnes finalement pas si différentes de moi, tendrement aimées de Dieu et pourtant si loin de lui, mais ayant peut-être pour la première fois l’occasion d’entrer en relation avec lui et de faire la paix avec lui.
Alors que dire sur le cœur de mon ministère si ce n’est que ce sont les personnes. Ce sont elles qui m’ont fait revenir. Elles qui m’ont donné le courage de me plonger dans cette langue difficile parce que je voulais parler avec elles, les comprendre et être comprise lorsque je leur partageais maladroitement ce qui brûlait dans mon cœur. Ce sont elles qui m’ont données l’envie de rester, de persévérer, malgré les nombreux obstacles et toutes les fois où j’ai perdu espoir pour ce pays qui choisit, encore et encore, les ténèbres, étouffant avec force et de manière criante la lumière.
Mais concrètement que fais-tu ? Je suis impliquée dans une Église locale, notamment dans la louange et l’enseignement d’une étude biblique destinée à la fois à des chrétiens marchant depuis un certain temps avec le Seigneur, des tout jeunes convertis qui rencontrent pour la première fois d’autres chrétiens et de curieux qui ne connaissent pas encore Jésus. Ouvrir la Bible avec ce groupe est passionnant ! En parallèle, je fais partie de l’équipe de direction d’un Institut Biblique. Puis, s’ajoute à ça de nombreux cafés, des accompagnements, des visites, l’animation d’un groupe d’adolescents… Comme vous le voyez, mon ministère est très varié.

2. Comment ta vision du ministère a-t-elle évolué après trois ans (ou plus) en Afrique du Nord ?

Ma vision a énormément évolué et mon ministère s’est construit progressivement. Je suis arrivée avec certaines conceptions de ce que devait être le « Ministère » et finalement ces conceptions, même si elles étaient justes, ont dû elles-mêmes être ajustées, contextualisées et temporisées. Le facteur temps dans tout cela et surtout dans le pays du Inshallah est non négligeable, les choses ne vont pas toujours aussi vite qu’on aimerait.
Je suis aussi venue avec une exigence personnelle très élevée en ce qui concerne mon adaptation et intégration culturelle, faisant tout mon possible pour ressembler le plus possible aux habitants de ce pays, ne voulant surtout pas être considérée comme une étrangère, pire comme une touriste. Mais la réalité est que je ne serais jamais à 100% comme eux, Dieu m’a donné la capacité de m’adapter facilement et j’en suis profondément reconnaissante. Je désire réduire le plus possible les barrières entre eux et moi, mais je ne peux pas m’oublier moi-même.
Au début de mon ministère ici, je me rappelle que ma prière était souvent celle-ci : montre-moi ce que toi, tu vois, comment tu vois ces personnes, que ferais-tu si tu étais là, donne-moi ton regard, ce regard de Jésus que nous connaissons, qui voit la foule abattue et qui est ému de compassion. Cela reste ma prière, je ne veux pas voir à travers ma culture, mon éducation, mais je veux adopter le regard de Jésus.
Le pays dans lequel je me trouve est une terre aride. Les quelques fruits qui émergent sont continuellement étouffés par de nombreuses difficultés. Les ouvriers y sont souvent très seuls. Et avant d’être des équipiers, des pasteurs ou des responsables de projet, nous sommes avant tout des disciples qui doivent apprendre, toujours de nouveau, à reconnaître la voix de leur Maître. Nous ne sommes pas des superhéros. Le péché est aussi tapi à notre porte, notre foi vacille fréquemment, et nous avons besoin d’être entourés… pour pouvoir, à notre tour, entourer les autres.

Terre aride où quelques fleurs poussent

3. Quel message aimerais-tu transmettre aux lecteurs de Salam ?

Qu’attendez-vous ? Quel genre d’appel attendez-vous exactement pour prier ? Pour encourager ? Pour aller ? Pour donner ? Ce qui était vrai il y a plus de 2000 ans l’est encore aujourd’hui : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers, priez donc le maître de la moisson ! Si Dieu ne vous appelle pas à partir, alors soyez de ceux qui prient, de ceux qui donnent, de ceux qui encouragent. Certains ouvriers sont prêts à partir, Dieu les a appelés et équipés pour cela. Ne serait-ce pas profondément dramatique que ce soit le manque de soutien, matériel ou spirituel, qui les empêche de rester là où Dieu les a placés ?
Comprenez-moi bien, je n’ai aucun doute sur la providence de Dieu et sur la nécessité de dépendre entièrement de lui. Dieu a déjà si souvent pourvu miraculeusement à mes besoins. Mais je pense que beaucoup ne se rendent pas compte de la charge qui repose sur nos épaules… je dois être en mesure d’apprendre une langue, de vivre dans une culture qui n’est pas la mienne, de gérer ma communication, de faire de la recherche de soutien, en parallèle de mon ministère quotidien et des responsabilités qui me sont confiées. Faisons équipe, déchargez-nous de devoir toujours de nouveau devenir des « mendiants » de votre soutien et de votre amour traduit en actes.

Le ministère de Chahida, fait de rencontres, d’études de la Parole et de présence fidèle auprès des Nord-Africains, ne peut pas grandir sans un réseau de personnes engagées à ses côtés.

Et si Dieu t’invitait à la soutenir par un don ?